Beydoun GIPAME
"Pour moi, le GIPAME se doit d’être une force de proposition"

Abdul Hussein Beydoun, le président du Groupement interprofessionnel Automobiles Matériels et Équipements (GIPAME), a bien voulu nous recevoir pour répondre à nos questions.

Pour commencer cet entretien, pouvez-vous Monsieur Beydoun, nous parler du GIPAME, sa création, son rôle et ses objectifs ?

Le GIPAME existe depuis les années 70. J’y suis membre depuis une dizaine d’années et j’ai l’honneur de le présider depuis deux ans, à la suite de la demande de mes confrères des autres groupes de distribution. Depuis ma prise de fonction au sein du GIPAME en tant que président, en Février 2017, j’ai trouvé une situation difficile, empreinte de nombreux défis à relever. Le chantier était grand et avec les acteurs présents sur le marché, nous avons voulu créer une nouvelle dynamique. Pour moi, le GIPAME se doit d’être une force de proposition. Nous connaissons le métier de la distribution automobile et nous souhaitons pouvoir faire aboutir certaines idées qui permettraient à l’ensemble de la composante de la société ivoirienne d’en bénéficier, aussi bien les pouvoirs publics, les citoyens que les acteurs du marché. Notre démarche au sein du GIPAME, a pour but d’apporter une plus-value au profit du pays dans son ensemble. Partant de là, j’ai établi un contact très étroit avec le ministère du transport afin de voir avec cette institution ce qui n’allait pas dans le secteur et essayer d’apporter les solutions adéquates afin d’améliorer cette situation. Je dois dire que le Ministre du transport a pris de son temps pour m’écouter et ce lors de nombreuses occasions.  L’un des grands problèmes que j’ai exposé lors de mes différentes rencontres au ministère du transport, est lié aux activités commerciales informelles qui gangrènent la société ivoirienne. Pas de recettes fiscales à la mesure du nombre de véhicules d’occasion importés, pas de récolte de TVA ou du moins elle est insignifiante, pas de sécurité pour les consommateurs et une pollution qui prend des proportions alarmantes avec ce que cela suppose comme conséquence sur la santé des ivoiriens.

Beydoun GIPAME
“le consommateur ivoirien reste très vulnérable, puisqu’il achète un véhicule sans aucune garantie, sans connaitre vraiment l’état de la voiture”

Concrètement, quelles sont les propositions que vous avez faites pour juguler ce phénomène lié à l’informel ?

Vous savez, j’ai beaucoup échangé avec l’administration fiscale, et je leur ai demandé d’appliquer la loi en taxant les véhicules d’occasion importés. Il faut savoir que c’est environ 65 à 70 000 véhicules d’occasion qui sont débarqués chaque année en Côte d’Ivoire. Si ces importations pouvaient faire l’objet d’une traçabilité, avec une identification de chaque véhicule importé, cela faciliterait la tâche pour appliquer une taxe selon des critères bien définis et adaptés à chaque voiture. Dans une autre perspective, le consommateur ivoirien reste très vulnérable, puisqu’il achète un véhicule sans aucune garantie, sans connaitre vraiment l’état de la voiture. C’est une véritable aventure et rare ceux qui ont la chance de tomber sur une bonne occasion. C’est donc tous ces problèmes qu’il est impératif de régler. L’informel a atteint des proportions insoutenables, il fait perdre au trésor public des centaines de milliards de Francs. Il faut que cela cesse ! Pour ce faire, les importateurs, membres du GIPAME, sont disponibles pour jouer leur rôle d’entreprise citoyenne, en apportant leur expertise et leur savoir faire pour réduire sensiblement l’activité informelle. La réduction à 5 ans de l’âge des véhicules d’occasion importés est une première étape. Ceci est encourageant et certains distributeurs proposent déjà des offres en véhicules d’occasion avec un contrat de garantie. L’amélioration du réseau routier est également une préoccupation majeure des pouvoirs publics. Les recettes qui seront engrangées par la nouvelle loi sur les VO importés permettra d’y consacrer une partie pour améliorer la qualité de nos routes. Nous avons également suggéré de baisser les taxes sur les petites cylindrées pour l’aligner sur celle appliquée sur les camions qui est de 5%. Mais en étant raisonnable, si cette taxe est réduite à 10%, c’est-à-dire de moitié, ce sera déjà bien. J’ai demandé également à revoir le fonctionnement du guichet unique. Les formalités de dédouanement reviennent chères et durent parfois plus de trois mois. C’est scandaleux ! Enfin, je n’omettrais pas de souligner qu’au niveau du GIPAME, nous travaillons pour offrir des véhicules neufs à un prix accessible. D’une part, nos marges font l’objet d’études sérieuses pour voir dans quelle mesure nous pourront les réduire afin de permettre au plus grand nombre possible d’ivoiriens d’accéder à l’automobile et d’autre part, nous essayons d’encourager les citoyens à aller vers des financements raisonnables, particulièrement sur les petites cylindrées, afin de bénéficier d’un véhicule neuf et sous garantie.

Que pensez-vous du contrôle technique mis en œuvre sur votre marché ? répond-t-il de manière efficace à vos attentes ?

Le contrôle technique tel qu’il est conçu aujourd’hui peut être considéré comme quelque chose de positif. Il est censé obliger les propriétaires des véhicules à entretenir et réparer leur voiture de manière sérieuse. Maintenant, son application sur le terrain pose quelques problèmes liés à l’état d’esprit des personnes censées appliquer la règle dans toute sa rigueur. On assiste à des comportements très conciliants. Certains agents acceptent d’accorder leur quitus contre quelques billets pour remettre le véhicule en circulation tout en sachant que le dit véhicule présente des dysfonctionnements. Cela est grave car c’est un service public qui est détourné à des fins personnelles. Les éventuelles conséquences de ce comportement irresponsable se mesurent au nombre de drames qui se déroulent quotidiennement sur nos routes, avec des morts et des handicapés.

Pouvez-vous nous décrire le client ivoirien ?

Comme partout ailleurs, le consommateur ivoirien est quelqu’un qui recherche la qualité. Mais avec la conjoncture difficile actuelle, il recherche des solutions adaptées à ses besoins et ses capacités financières. Selon donc ses moyens, il se montre généralement très exigeant. Nous le constatons quotidiennement dans nos Showroom. Cette exigence est liée à sa connaissance de l’automobile. Il est connaisseur et conscient de ce qu’il veut. Maintenant, il est vrai que la situation économique a changé. Mais malgré cela, le consommateur ivoirien reste avisé. Il est féru des dernières technologies, particulièrement sur les segments supérieurs. La clientèle haut de gamme se montre sans concessions et c’est son droit le plus absolu.

Beydoun GIPAME
Poignée de main chaleureuse à la fin de l’entretien

Nous croyons savoir que le GIPAME ambitionne d’organiser le salon automobile d’Abidjan dès l’année prochaine, le confirmez-vous ?

Absolument ! C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur. L’ensemble des adhérents du GIPAME sont disposés à contribuer à l’organisation de cet évènement que nous prévoyons pour le mois de Mars prochain. Il s’agit du premier salon automobile d’Abidjan. Ce salon sera organisé sous l’égide du GIPAME et permettra aux consommateurs ivoiriens de venir découvrir dans un cadre adapté, les innovations techniques, le savoir-faire des marques représentées et bien entendu proposer une autre manière de découvrir l’automobile, d’un cadre favorisant l’acte d’achat.

Un dernier mot si vous le souhaitez ?

Je souhaite que l’ensemble des acteurs puissent travailler ensemble pour le bien de la communauté. Le secteur privé ne peut rien sans le concours des pouvoirs publics. Et ce dernier sans le soutien du secteur privé sera amputé d’un appui important. Il faut que nos actions convergent vers le bien être et le bénéfice de la communauté des ivoiriens. C’est cela qui me semble le plus important. L’intérêt particulier doit s’effacer au profit de l’intérêt général. En tout cas c’est ma conviction si on veut faire de la Côte d’Ivoire un pays prospère.

Vous sentez-vous complètement ivoirien ?

Oh ! oui bien sûr ! plus qu’ivoirien même ! je suis venu à l’âge de seize ans dans ce beau pays. Cela fait donc plusieurs décennies que je suis ici. Cela me rend fier et c’est aussi pour ça que je travaille pour apporter ma modeste contribution à mon pays.

Réagir à cet article