métro d'Abidjan, Macron
Métro d'Abidjan - Président Macron

L’importance d’un système de transport collectif dans la décongestion d’Abidjan n’est plus à démontrer. Il représente près de 7 % du PIB et joue un rôle primordial dans la fluidité des déplacements. Le projet du métro d’Abidjan est en marche !

D’un coût de 1,4 milliard d’euros, il s’agit d’un impressionnant et ambitieux projet, qui permettra le transport quotidien de 500.000 Abidjanais, de la périphérie d’Anyama jusqu’aux portes de l’aéroport en traversant 8 des 10 communes de la capitale économique. La construction du métro d’Abidjan fait partie intégrante du Plan National de Développement (PND) qui présente 70 projets à réaliser en PPP (Partenariat Public-Privé).

Abidjan est l’une des villes les plus peuplées d’Afrique de l’Ouest. Sur 6 millions d’habitants, ce sont chaque jour plus de 2 millions de personnes qui vont travailler à Abidjan. Ils empruntent les autobus, les minicars ou les taxis collectifs. La population d’Abidjan réside majoritairement au Nord, à l’Est et à l’Ouest de la ville, tandis que la zone d’activité se situe plus au centre et au Sud. Comme dans toutes les grandes métropoles, Abidjan souffre d’un énorme déséquilibre lié aux embouteillages qui bloquent les axes principaux. Perte de temps et d’efficacité, pollution, stress ne sont que quelques exemples résultant de cette décongestion qui freinent le développement économique de la ville et provoque des nuisances environnementales.

Il faut réorganiser le système des transports d’Abidjan…

métro d'Abidjan
« Il était impensable qu’Abidjan n’ait pas son Métro » a déclaré le chef d’État ivoirien Alassane Ouattara jeudi 30 novembre à Abidjan en marge du Sommet UE-UA

Abidjan est en passe de devenir un « hub régional de transit ». Le transport urbain était longtemps considéré comme le parcours du combattant. Ce projet est qualifié le plus ambitieux de l’Afrique Subsaharienne puisqu’il a une vocation sociale et environnementale. Il permettra de désengorger les routes sursaturées tout en facilitant les déplacements des catégories les moins mobiles. Sur le plan environnemental le nouveau métro contribuera à la réduction de la pollution et des émissions de CO2 à travers la ville, contribuant ainsi à la préservation d’un environnement sain et à l’amélioration significative de la qualité de l’air. Environ 2000 emplois seront générés par les travaux, sans oublier la pierre angulaire du projet qui est la formation des collaborateurs et le transfert des compétences.

La Sotra par exemple desservait à elle seule, 343 000 personnes par jour dont la capacité sera multipliée par quatre aux environs de 2020. La STL (société de transport lagunaire) a transporté 1 500 000 passagers en 6 mois. Ceci est pourtant insuffisant pour répondre à la demande croissante de la population. Cela dit, l’augmentation du nombre de véhicules, trains, bateaux n’est plus utile. Il s’agit de réorganiser le système des transports pour doter le pays d’infrastructures ferroviaires mais également pour optimiser les connexions avec les bus de la SOTRA, les taxis, et les bateaux-bus grâce à la construction de nouvelles gares.

Les dessous du projet en bref !

métro d'Abidjan
Ouattara et Macron lancent les travaux de la ligne 1 du métro d’Abidjan

A titre de rappel, le service du métro est prévu pour accueillir jusqu’à 530 000 passagers par jour avec un fonctionnement 7/7 j de 5h du matin à 22h avec une fréquence d’un train toutes les dix minutes et une vitesse maximale de 80 km/h. Le métro aura une longueur de 37,9 kilomètres et devra traverser la ville du nord au sud. Le projet comprend 20 stations, 21 ponts rail-route, un pont viaduc sur la lagune Ebrié, 40 passerelles piétonnes, l’ouvrage devrait relier la ville d’Anyama à la commune abidjanaise de Port-Bouët, au Sud d’Adbijan. Grâce à une technologie de pilotage sophistiquée, la fréquence de succession des trains sera très rapide dont l’intervalle minimal est de 100 secondes, sachant que le record mondial avoisine les 90 secondes. Les billets seraient proposés à des tarifs compétitifs de l‘ordre du coût moyen de transport actuel. Le coût est évalué sur la base d’un ratio (nombre de passagers par heure et par distance rapporté au coût) qui sera comparé aux ratios d’autres pays.

Des reports déjà actés

métro d'Abidjan
Le ministre Amadou KONE explique les dessous du consortium lors d’une interview

Selon une première présentation, les travaux du métro devaient débuter en 2013. Toutefois, l’été 2017, les travaux n’avaient toujours pas démarré. La première phase de construction du premier tronçon de 37,9 km devant transporter près de 500 000 passagers par jour, ne pourra être effective avant 2020. Le projet a connu de multiples reports qui s’expliquent selon les médias ivoiriens par des négociations soutenues entre le gouvernement et les parties prenantes du projet. Des désaccords initiaux portant sur des questions d’ordres financières ont amené, dans un premier temps, Alstom et Systra à se retirer du projet.

Le projet a connu de longues tergiversations à l’origine de ces reports…

Le projet était porté par le consortium Société de Transports Abidjanais sur Rail (STAR) franco-coréen du projet qui est constitué par quatre entreprises, à savoir : les français de Bouygues et de Keolis d’un côté, et les entreprises coréennes Hyundai Rotem et Dongsan engineering de l’autre. Ces entreprises bénéficient d’une grande expertise dans le domaine du transport ferroviaire et ont déjà fait leur preuve dans des projets d’envergure tels que le train urbain en Afrique du Sud, le Tramway de Reims et la ligne 9 du métro de Seoul. Selon la déclaration du ministre des transports Amadou Koné « Il était arrêté que les entreprises du consortium se chargent de la conception, du financement et de la construction du projet selon la logique d’une concession sur une durée déterminée en vue de réaliser un retour sur investissement. Une durée à l’issue de laquelle l’état ivoirien récupère le projet. Deux options s’offrirent à l’état ivoirien : soit ces entreprises déterminent les prix des tickets de façon à ce que ce soit rentable, ou que l’état garantisse les revenus « garantie de trafic » à titre de compensation, en cas de fréquentation inférieure à un seuil minimal sur ce moyen de transport. » L’état ivoirien, a décidé de prendre les choses en main en écartant les entreprises sud-coréennes Hyundai Rotem et Dongsan, pour détenir 42% du capital STAR.

Une offre financière alléchante pour le métro d’Abidjan !

C’est un financement français au nom de sa relation historique avec la Côte d’Ivoire, sous forme d’un prêt concessionnel qui vient s’ajouter à la dette ivoirienne. Le premier ministre Amadou Gon Coulibaly rassure dans son discours en indiquant que : « le taux d’endettement de la Côte d’Ivoire a été de 42,8% du Produit intérieur brut (PIB) en 2017 ». Ceci est loin du taux d’endettement limite fixé dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

« La France vous a proposé une offre financière sans précédent. Avec 1,4 milliard d’euros, c’est l’effort le plus important que la France ait jamais réuni au démarrage d’un projet de transport urbain à l’étranger », avait déclaré le chef de l’Etat français Emmanuel Macron.

Le projet a connu un coup dur puisque le coût est passé de 500 millions à 1 milliard d’euros. Une décision justifiée par des risques importants et un niveau de technologie élevé et des équipements modernes. Après moult débat sur la question du financement, le président français Emmanuel Macron a tranché ce nœud gordien, en débloquant un prêt de l’ordre de 1,4 milliard d’EUR en vue de l’achèvement rapide du métro entre 2021 et 2022, année coïncidant avec la fin du mandat du chef d’état ivoirien de dix ans déjà.

On ne peut faire des omelettes sans casser des œufs !

Le projet nécessitera le déguerpissement de personnes par milliers qui se situent sur la tracée de la première ligne. Ces derniers sont contraints de libérer les sites au plus tard au mois de Septembre 2018. Une part importante du montant total d’investissement a été prévue pour la prise en charge de ces personnes. Près de 80 millions d’euros serviront d’indemnités pour le démantèlement. Il est prévu également l’instauration d’une prime à la casse pour encourager le retrait des vieux véhicules de la circulation et l’acquisition de véhicules neufs.

Le CVIMA a son mot à dire…

La question du relogement reste une problématique à ne pas négliger au vu des mesures d’accompagnements jugées insuffisantes par les personnes concernées, réunies autour d’une organisation baptisée Comité des victimes et impactés du métro d’Abidjan « CVIMA ». Originaires d’Abobo, d’Anyama et d’Adjamé, ces personnes ont clairement exprimé leur mécontentement notamment lors d’une conférence de presse dans un établissement d’Abobo, le samedi 19 mai 2018. «Nous ne sommes pas contre le projet du métro d’Abidjan. Nous ne pouvons pas aller à l’encontre d’un projet d’utilité publique mais nous avons droit à un dédommagement dans la dignité et la justice comme le stipule notre constitution. Nous sommes opposés catégoriquement aux mesures d’accompagnement proposées», a déclaré le secrétaire général du CVIMA. Face à de telles revendications, l’on peut se poser d’ores et déjà la question si le gouvernement serait dans la capacité d’apporter les mesures d’accompagnement espérées…

Ouattara et Macron accélèrent la cadence !

deuxième ligne du métro d'Abidjan
Le gouvernement ivoirien prépare un plan de réalisation de la ligne 2 du métro d’Abidjan

Après le lancement des travaux de la première ligne du métro d’Abidjan, voilà que le gouvernement ivoirien entame le plan de réalisation de la deuxième ligne du métro. Cela a eu lieu au siège de la primature le 14 février 2018, lors de la la conférence de presse au cours de laquelle le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly présente son bilan. La nouvelle ligne devrait ainsi relier deux communes populaires, à savoir celles de Yopougon et de Bingerville. Son plan de réalisation devrait être prêt très prochainement. Et ce n’est pas fini, car ce sont 5 lignes de métro qui sont prévues dans le schéma global du développement du projet. Les trois autres lignes restantes sont de moindre importance en termes de longueur des lignes.

Le pari sera-t-il tenu pour 2021 ?

métro d'Abidjan
20 Avril 2018, entretien entre les deux chefs d’État à Paris : Mise en place d’un comité de haut niveau pour accélérer les travaux.

Décidemment, ce projet précurseur en Afrique Subsaharienne améliorera significativement le cadre de vie de la population Abidjanaise tout en contribuant à l’émergence économique du pays. Il faut dire que malgré les crises ayant causé une instabilité sécuritaire au pays : notamment la baisse du prix du Cacao de plus 40%, les différentes grèves en 2017 etc. « Le taux de croissance a été maintenu à 7,8%, conférant ainsi au pays une place importante parmi les trois pays à forte croissance en Afrique en 2017 » a déclaré le premier ministre lors de la remise des rapports d’activités 2016 et 2017 de l’Inspection Générale d’Etat.

En somme, la construction du métro d’Abidjan s’avère vitale malgré le coût important engendré, pourvu que l’exploitation puisse dégager suffisamment de rentabilité pour que l’état ivoirien puisse rembourser sa dette. Peut-on dire que le gouvernement ivoirien va vers les éléphants blancs ? 2021 sera-t-elle l’année du métro ? En attendant, l’on continue à croire que le projet est suffisamment utile, voire indispensable pour l’économie du pays et que la rentabilité suivra.

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