Maroc 1er contructeur en Afrique
Le Port de Tanger-Méditerranée marque le début de l’industrie automobile au Maroc

Il y’a 10 années de cela, qui aurait cru que le secteur automobile au Maroc deviendrait le premier secteur en termes d’exportations devant les phosphates ? Le Maroc s’assure la 1ère place dans le continent africain dépassant ainsi pour la première fois l’Afrique du Sud dans la production automobile. L’écart est de 4000 voitures !

Le Maroc est en passe de figurer dans le top 10 des plateformes de production automobile dans le monde puisqu’il a réalisé des pas géants dans la production automobile en moins de 5 ans. Il s’agit désormais d’un « Hub africain » de l’industrie automobile qui attire un essaim de constructeurs automobiles. C’est sans doute le premier secteur exportateur et l’un des principaux moteurs de croissance économique du pays. Le gouvernement marocain l’a si bien compris qu’il l’a intégré au Plan d’Accélération Industrielle (PAI 2014 – 2020), conçu pour répondre aux enjeux du secteur industriel, sa modernisation et la consolidation de sa compétitivité. Ce PAI s’inscrit à son tour dans la lignée du plan émergence.

Une Dacia sur deux est produite au Maroc !

Le royaume a connu un tournant dans le secteur automobile depuis l’arrivée de la filiale commerciale du groupe français Renault en 1928. La convention pour l’assemblage des véhicules Renault a vu le jour en 1966 à la SOMACA, qui a été rachetée 37 ans plus tard par le groupe français Renault. Les premières exportations ont commencé à s’opérer dès l’année 2007 avant la construction de la plus grande usine automobile Renault-Nissan de l’Afrique, qui est située à Tanger. Ce sont 474.840 Sandero, 320.078 Dokker et 193.181 Lodgy qui ont vu le jour depuis le début de l’activité de Tanger. L’année 2017 a été marquée par la fabrication du millionième véhicule produit à l’usine Renault-Nissan de Tanger et exporté depuis le royaume. En chiffres, c’est 70 milliards DH de chiffres d’affaires qui ont été réalisés à l’export en 2017 – dépassant largement les capacités d’exportations de phosphate – contre 40 milliards en 2014. Les 1 200 véhicules qui sortent chaque jour de l’usine s’exportent vers l’Europe, les pays du Golfe, l’Afrique et, depuis peu, Cuba. Notons que les véhicules du groupe français arrivent en tête du top 10 des véhicules particuliers et utilitaires les plus populaires au Maroc en 2017 ; les 4 premières places vont pour les Logan, Clio, Sandero et Dokker avec des prix très abordables, alors que les modèles Duster, Kangoo et Lodgy ont occupé respectivement la 6ème, 7ème et 8ème place… Ce qui confère au Maroc une place plutôt enviable !

Renault Maroc célèbre le millionième véhicule produit
Port de Tanger Med : Renault a célébré son millionième véhicule produit depuis 2012

Le Maroc, véritable « hub industriel automobile »

Ce succès n’est pas le fruit d’un hasard, plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord c’est la proximité du Maroc avec les marchés européens qui lui a valu sa position de numéro 1 en Afrique. Ensuite, c’est le résultat des grands efforts consentis par le gouvernement dans le but de proposer des mesures incitatives d’ordre fiscales, financières et douanières ainsi qu’une meilleure qualité des infrastructures. Le capital humain marocain demeure un facteur clé de succès non négligeable de l’industrie automobile puisque le Maroc dispose d’une main d’œuvre jeune et hautement qualifiée.

Soucieux de l’amélioration continue des compétences et un meilleur transfert de compétences, l’état a lancé un dispositif de formation « IFMIA », qui a été conçu et dimensionné selon les besoins du projet Renault. Il permet aux ressources humaines d’être en phase avec les exigences du secteur. « Si Renault Tanger a pu démarrer dans les délais, c’est grâce à l’IFMIA » explique Mohamed Bachiri, DG de l’usine Renault Somaca.

PSA lance le premier moteur « Made in Morocco »

Conférence - 1er ministre de l'industrie Moulay Hafid El Alamy présente le projet PSA
Le ministre de l’industrie Moulay Hafid El Alamy présente l’état d’avancement du projet PSA lors d’une conférence de presse

Moulay Hafid Elalamy explique « Les amortisseurs sont devenus très technologiques, avec une part croissante d’électronique. Les anciens ressorts sont désormais loin. Sans l’implantation du second constructeur au Maroc, cet investissement n’aurait pas été possible. »

Un deuxième constructeur, PSA, n’a pas tardé à s’implanter au Maroc. Deux usines d’assemblage sont installées à Kénitra et sont déjà opérationnelles, en phase de test. Le groupe a d’ores et déjà réaffirmé son objectif de 80% de d’intégration locale lors du salon de la sous-traitance de Tanger. En d’autres termes, plus de pièces produites localement ce qui implique plus d’entreprises sous-traitantes et donc plus d’emplois créés. Mieux encore, le groupe a fabriqué le premier moteur réussi en phase de test « Made in Morocco » en Avril dernier. Par ailleurs, le projet PSA s’est vu décerné le prix 2017 du Meilleur projet d’investissement dans la région MENA, en marge de l’Annual Investment Meeting Committee de Dubai.

Le site de PSA s’apprête à lancer la production en Juillet en présérie des premiers moteurs. « Les moteurs ne seront pas pour Kénitra dans un premier temps, la priorité est pour l’usine de Vigo en Espagne ». révèle l’exécutif de PSA lors d’une cérémonie avec le ministre de l’Industrie régime alaouite, Moulay Hafid Elalamy. La capacité initiale de production est estimée à 100.000 en 2019.

58% de l’objectif d’emploi du PAI réalisé !

Avec ces deux constructeurs, Renault et PSA, le capacitaire de production du royaume devrait atteindre les 650.000 unités par an d’ici 2020 et des exportations à 100 milliards de DH. Le taux d’intégration passera de 50%, actuellement, à 65% en 2019 ce qui permettra de garder 65 milliards de DH au Maroc. Lit-on dans les statistiques du ministère de l’industrie de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique. Le PAI ambitionne à l’horizon 2020 la création de 500 000 emplois dont la moitié proviendrait du tissu industriel national. La mayonnaise semble prendre puisque 288.126 emplois ont été créés entre 2014 et 2017, soit 58% des prévisions fixées par le Plan d’Accélération Industrielle… une success story qui semble se confirmer !

Le Maroc, un pays de prédilection des grands sous-traitants !

Palais royal de Casablanca - signature de 26 projets
Signature des 26 projets présidée par sa majesté le Roi Mohamed VI au palais royale de Casablanca

Alors que les équipementiers automobiles se comptaient au bout des doigts quelques années en arrière. Les constructeurs Renault et PSA se sont vu tout de suite flanqués d’une multitude d’équipementiers constitués autour d’écosystèmes pour un sourcing local. Les équipementiers ont une relation plus ou moins directe avec le constructeur selon qu’ils se placent au premier rang, au deuxième rang etc. La stratégie du Maroc consiste à aider les équipementiers de 1er rang – constitués des filiales de multinationales comme Valeo, Sumitomo ou encore Delphi – à être plus compétitifs en installant à leur côté plus d’équipementiers de rang 2 parmi lesquels figurent des fabricants industriels marocains, et de répondre aux besoins de sous-traitance. L’objectif étant d’accompagner ces constructeurs dans leur production locale et de renforcer ainsi leurs compétitivités. Une initiative qui favorise une meilleure intégration locale.

Schéma - Présentation de 5 écosystèmes automobiles au Maroc
L’Etat marocain, en partenariat avec l’AMICA (Association Marocaine pour l’Industrie et le Commerce de l’Automobile), a lancé 5 écosystèmes automobiles. Source : Amica

En chiffres, 5 écosystèmes – câblage, intérieurs véhicules, batterie, métal emboutissage, et power-train – sont réunis autour de ces constructeurs avec au total 26 projets d’investissements, se traduisant par six entreprises pour Renault, 13 liés à PSA à Kénitra, cinq investissements sont consacrés au câblage et la connectique, et les deux restants vont pour le grand équipementier Valeo. « A travers ces investissements, on commence à s’orienter vers les métiers à plus forte valeur ajoutée comme les pièces liées à la liaison au sol, à l’intérieur du véhicule, la connectique, le moteur de PSA etc. tout en sortant des métiers statiques comme le métal, la plasturgie ou autre » explique Hakim Abdelmoumen, président de l’AMICA – Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile.

La région, la clé de succès de l’industrie automobile

Usine de l'équipementier Yazaki
Meknès-Ifrane, prochaine destination des grands équipementiers

Cette montée en puissance du secteur automobile doit beaucoup à la compétitivité des régions. Celles-ci sont confrontées aux impératifs de développement de leurs richesses et les moyens à déployer en vue d’offrir aux industriels un climat d’affaires propice à leurs activités, en commençant par la situation géographique. «Le PAI 2014-2020 nous a fait découvrir que chaque région a des spécificités particulières» explique Le ministre Moulay Hafid ElAlami. Ceci explique l’émergence de « parcs intégrés » à l’image de Tanger et Kénitra et – bientôt, de nouvelles régions comme celle de Meknès qui voit de plus en plus d’équipementiers s’y implanter comme Yura Corporation ou encore Yazaki.

Ford, Volkswagen ou encore Fiat seront-ils les prochains acteurs ?

Si le constructeur Renault est arrivé au Maroc dans un contexte moins avantageux au vu d’un réseau de sous-traitants jusqu’alors moins développé, le groupe PSA a eu plus de facilités pour s’y implanter. Cela a été le cas aussi pour le constructeur chinois BYD, qui lui, entreprend la réalisation d’un écosystème autour de la mobilité électrique avec une capacité de production de plus de 100 000 voitures électriques par an. Il faut dire que le taux d’intégration est devenu un ticket de négociation important vis-à-vis des constructeurs.

Certains médias évoquent d’éventuelles négociations déjà en cours qui déboucheraient prochainement sur l’arrivée de nouveaux constructeurs comme Volkswagen, Ford, Seat ou encore Fiat. En tout cas, une piste semble pour l’instant plus sérieuse. Elle concerne le groupe Fiat, qui est déjà présent au Maroc à travers son plus grand showroom au monde. FCA se projette sur 30% de ventes supplémentaires en Afrique dont l’installation d’une usine dans la région subsaharienne. « Le Maroc paraît être le candidat logique étant donné qu’il dispose d’une base solide d’équipements » a déclaré Alfredo Altavilla, CEO des opérations de FCA Group pour la région EMEA selon les sources de Leconomiste.

En attendant, de nombreux défis à relever se présentent au Maroc, notamment l’industrie 4.0 qui fait de l’innovation et plus précisément l’intelligence artificielle au cœur de ses préoccupations, qui s’inscrit dans le renforcement du taux d’intégration. Tout porte à croire que l’industrie prospère et continue à attirer les meilleurs investisseurs, pourvu que l’on puisse suivre voire dépasser la cadence !

Sara Ait Taleb

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